(c) Marie Stamatakis
DSC00015Peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Je suis d’abord un lecteur compulsif. Un sérial liseur, une sorte d’Hannibal lecteur. Pas seulement de la SF. Beaucoup de thrillers, de polars et pas mal de litt.gen. aussi. La première partie de ma vie s’est déroulée dans les pages des autres, ce n’est que récemment (il y 6 ans) que j’ai commencé à noircir les miennes. C’est, en quelque sorte, une nouvelle naissance après une vie passée dans la musique et la brocante (entre autres !). J’aime profiter de toutes les ficelles de ma boîte à outils. Je survis en région parisienne, toujours entouré de plusieurs tonnes de bouquins. J’enseigne l’Anglais en entreprises, histoire de combler les trous de mon compte en banque en attendant le Goncourt !
Mon fils lit des trucs japonais qu’il faut commencer à l’envers pour avoir l’histoire à l’endroit. Je dois vieillir, moi.

Comment t'est venue l'idée de mêler flibuste historique et SF ?

Là, j’hésite à te livrer une grande tirade sur ma passion pour l’Histoire, la recherche des vérités enfouies… Un certain regard sur ces temps incertains qui serait le reflet d’une violence non-aboutie et difficile à expulser par la parole… mais non. La vérité est ailleurs (clin d’œil) : L’idée m’est venue à cause… d’une envie de fruits de mer. J’étais à l’île de Ré avec ma meilleure amie et nous sommes allés déjeuner sur le port de La Flotte en Ré. Là, parmi les boîtes à touristes, trônait un resto dont le nom à lui seul évoquait le voyage et le tonnerre des canons de 12 livres : « La fiancée du pirate ». En référence au film de 1951 de Jacques Tourneur « La flibustière des Antilles » sans doute, vu la déco et la tenue des serveuses !
Du coup, pendant tout le séjour, j’ai déliré et commencé à prendre des notes entre deux apéros (surtout pendant) et quelques gambas flambées au scotch (spécialité d’un chef local). Cette excursion chez les Frères de la côte était également l’occasion de traiter un sujet nouveau pour moi. Un autre environnement, un autre esprit. J’essaie, à chaque roman, d’explorer des horizons où ma main n’a jamais posé le pied… Mais je tiens à dire que tout ça ne doit rien à Johnny Depp ! En effet : c’était écrit bien avant « Pirates des Caraïbes » et consorts ! Certains éditeurs qui l’ont lu à l’époque pourront en témoigner ; par les moustaches de Barbe Noire ! (le pirate, hein, pas le roi d’Angleterre grand consommateur d’épouses)

Comment as-tu organisé ton travail de documentation ?

Pendant deux bons mois, j’ai dévoré tout ce qui avait un navire ou un sabre sur la couverture. Uniquement de la documentation ou des biographies. Visité le musée de la marine, et pris 247– ou 248, je ne sais plus – kgs de notes. Noirci des m² de nappes de resto et même des feuilles de PQ (Si si, cherchez un peu). Et rêvé. Beaucoup rêvé ; mais je fais ça en permanence. Globalement saoulé à mort tous mes copains avec mes histoires de pirates.
Ensuite, j’ai dessiné une trame à l’histoire et décidé de quels personnages réels allaient participer à l’action. Hormis une petite poignée, tous les protagonistes sont authentiques. Bien sûr, j’ai dû prendre des libertés avec l’Histoire officielle car j’avais besoin de faire se rencontrer certains de ces messieurs. Mais rien ne dit qu’ils ne se sont pas rencontrés « hors caméra » !
Néanmoins, toutes les actions décrites s’inscrivent dans une trame temporelle calquée sur la vérité. Les endroits, les batailles, l’organisation et le mode vie de ces gens sont aussi fidèles que possible. Certaines actions sont dérivées d’authentiques stratégies de l’époque. C’est que ces crapules étaient souvent loin des rustauds qu’on nous décrit à longueur de pellicules hollywoodiennes… Mais là, je prêche à des convaincus !

pilleurQuelles sont tes principales influences, s'il y en a, et leur importance ?

Laisse-moi réfléchir. L'aventure, la violence le sexe et les femmes.
Non, sans rire, pas forcément dans cet ordre-ci.
Bon ok.
Étrangement, pour ce livre, je n’ai pas été influencé par des gens qui écrivent sur la mer, ou sur les flibustiers, ni même par les films. J’ai plutôt puisé une sorte d’énergie dans un tas de lectures variées ; pas uniquement de la SF d’ailleurs. Pas mal de trucs d’aventures, pour le mouvement et de la litt.gen. pour le style – même si je finis toujours par n’en faire qu’à ma tête ; c’est comme ça, on ne se refait pas !
Bien sûr, il s’agit là de navires, d’abordages, de sabres, de femmes et de bouteilles de tafia sur fond de canonnades. Néanmoins j’ai essayé de ne pas me laisser influencer en ne lisant aucun des incontournables du genre (C.S Forester en tête). Ça, je l’ai fait après. D’une manière générale, j’ignore même si mes influences sont strictement d’ordre littéraire. Un jour c’est l’attitude d’un acteur, un autre c’est l’ambiance d’une fête ou une parole glanée ici ou là. Comme beaucoup, j’ai mes auteurs fétiches. Pas mal de Français, jeunes ou moins (voir la 4eme de couverture des « Pilleurs d’âmes »), hommes ou pas, mais également des gens aussi différents que Clive Cussler, Luis Sépulveda, E-E. Schmitt, Erik Orsenna ou Cormack Mc Carthy.
Il y a une certaine rigueur scénaristique chez les Américains qui, diluée dans la prose poétique de leurs congénères du sud et additionnée du regard pragmatique de certains Français donne un mélange intéressant. Considérez ça comme une sorte de cocktail perso (sourire en coin).

La place de l’écriture dans ta vie ?

Énorme. Mais par intermittence. Certains s’astreignent à des horaires de bureau, écrivant de 9h à 17h chaque jour ouvré. Leur production est bien plus importante que la mienne - sans parler de la qualité.
Les horaires fixes, je ne peux pas. J’ai essayé, mais c’est impossible. J’ai besoin de m’alimenter la tête en permanence. Aérer mes petites cellules grises, comme disait Hercule Poirot. Besoin de sortir, de faire un tour en moto, d’aller voir un concert ou des potes ; ou les deux. Malgré ça, mes proches disent qu’en période d’écriture je suis distant. C’est vrai que je réponds souvent à côté (quand je réponds !). Je suis, avant tout, un grand rêveur. L’écriture c’est mon évasion à moi. Ma lime à ongle pour les barreaux de la vie (ouille, désolé !). Ma fille de l’air.
Parfois, la plume de mon clavier glisse toute seule et c’est un frisson encore plus grand. Quand je n’écris rien pour moi, je traduis des textes de l’Anglais au Français. Pour l’instant, je n’en ai fait que pour Galaxies - mais je ne suis pas sectaire ! Hein, les gars (rire entendu). C’est idéal pour garder les fourmillements dans les doigts de mon esprit.

D'autres romans et projets en cours ?

Oui, toujours ! Notamment un (écrit, signé et tout) qui sortira début 2011. Un univers radicalement différent. Un relent de fin de règne. Peut-être le début d’une saga plus imposante. En tout cas, ce pourrait être ma vision d’un futur pour cette boule qui n’est plus si bleue. Le rêve d’une héroïne m’effleure aussi. Je prends des notes.
Régulièrement, je réponds à quelques appels à textes. Cela fait toujours un bien fou de s’embarquer sur les idées d’un autre. Ça lave la tête de l’intérieur. J’ai également en carton la suite d’un roman déjà publié… les paris sont ouverts !
L’envie d’écrire un polar méchamment décalé me titille parfois derrière les oreilles, faut juste que je regarde s’il me reste assez de whisky pour l’entreprendre ;-)
Et puis un grand truc de SF avec des pistolets qui font Wizzz. Comme ça, pour l’éclate !